Apnée du sommeil et hypertension : un lien à ne pas ignorer

« Votre corps vous parle chaque nuit. La question est : est-ce que vous l’écoutez le matin ? »
Dr Olivier Kapto, neurologue, Health’O

On attend souvent un signe fort : une douleur, un malaise, quelque chose d’impossible à ignorer. Pourtant, le corps envoie aussi des signaux discrets, surtout la nuit. Une fatigue qui ne passe pas, des réveils sans raison, une tension qui monte sans explication. L’apnée du sommeil non traitée en fait partie. Elle est nocturne, peu visible, et bien documentée.

Ce qui se passe pendant la nuit

L’apnée du sommeil se caractérise par des pauses respiratoires répétées pendant le sommeil. Chaque pause prive le sang d’une partie de son oxygène. Le corps réagit : le système nerveux s’active, le cœur accélère, les artères se contractent et la pression artérielle monte.

Un épisode isolé n’a pas de conséquence notable. Mais répété des dizaines de fois par nuit, pendant des mois ou des années, ce mécanisme peut peser sur le cœur et les vaisseaux.

Ce que disent les études

Plusieurs travaux observent que l’apnée du sommeil est fréquente chez les personnes hypertendues. Une revue publiée en 2018 dans la Pan African Medical Journal (PAMJ) a analysé 51 études et revues sur le syndrome d’apnées du sommeil et le risque cardiovasculaire. La fréquence observée varie beaucoup d’une étude à l’autre, selon les populations et les méthodes utilisées.

Le lien semble fonctionner dans les deux sens : l’apnée peut favoriser l’hypertension, et l’hypertension peut aggraver l’apnée. Ces travaux sont observationnels. Ils montrent des associations, sans prouver à eux seuls qu’une maladie cause l’autre. L’apnée et les maladies cardiovasculaires partagent aussi des facteurs de risque, comme l’obésité, le diabète ou l’âge. Certaines analyses plus récentes sont d’ailleurs moins tranchées : elles relèvent des résultats hétérogènes selon les études, ce qui confirme qu’il faut rester prudent.

Une étude menée au CHU de Ouagadougou, publiée dans la PAMJ en 2015, portait sur 414 patients hypertendus suivis en consultation externe. Elle a relevé des troubles du sommeil compatibles avec un syndrome d’apnées chez 33,5 % d’entre eux, à partir de questionnaires. Ce chiffre concerne un groupe précis de patients. Il ne doit pas être étendu à la population générale.

Ce que le traitement peut changer

Le traitement de référence est la PPC (pression positive continue), un appareil qui maintient les voies respiratoires ouvertes pendant le sommeil. Il peut réduire les épisodes de baisse d’oxygène et aider à mieux contrôler la tension, notamment chez des personnes dont l’hypertension résiste aux médicaments. Les résultats varient selon les personnes, et l’équilibre se construit avec le médecin.

Les signaux à ne pas ignorer

  • ronflements forts et réguliers
  • pauses respiratoires remarquées par l’entourage
  • fatigue persistante malgré un sommeil suffisant
  • somnolence excessive dans la journée
  • hypertension difficile à contrôler malgré un traitement

Ces signes ne constituent pas un outil de dépistage. Des questionnaires simples, comme le STOP-Bang, aident le médecin à décider s’il faut un examen du sommeil, comme une polygraphie ou une polysomnographie.

Quand consulter sans attendre

Certaines situations ne doivent pas attendre un rendez-vous programmé :

  • somnolence au volant
  • réveils avec sensation d’étouffement
  • douleur thoracique ou malaise

Dans ces cas, consultez rapidement un médecin ou les services d’urgence.

Le conseil de Health’O

Votre tension monte malgré vos médicaments ? Vous ronflez et vous vous réveillez épuisé ? Ces signes ne sont peut-être pas sans lien. Parlez-en à votre médecin et demandez s’il est utile d’explorer le sommeil. Un examen peut apporter des réponses là où le seul traitement de la tension n’a pas suffi.

Si quelqu’un vous dit que vous arrêtez de respirer la nuit, ne minimisez pas. Notez-le, puis prenez rendez-vous avec votre médecin.

Ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical.


Sources

  1. Bouzerda A. « Risque cardiovasculaire et syndrome d’apnées obstructives du sommeil ». Pan African Medical Journal. 2018;29:47. doi:10.11604/pamj.2018.29.47.11267
  2. Yaméogo NV et al. « Troubles du sommeil, symptômes anxio-dépressifs et risque cardio-vasculaire chez les hypertendus noirs africains : étude transversale de 414 hypertendus suivis en ambulatoire au CHU de Ouagadougou ». Pan African Medical Journal. 2015;21:115. doi:10.11604/pamj.2015.21.115.5219
  3. Fédération Française de Cardiologie. Communiqué sur les apnées du sommeil et le risque cardiovasculaire, 15 janvier 2019.
  4. Inserm. « Santé vasculaire et cardiaque, partie 2 : apnées du sommeil et risques cardiovasculaires », 2025.

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